
Le constructeur automobile Stellantis fait marche arrière sur sa stratégie électrique en abandonnant définitivement le développement du RAM 1500 100% électrique. Cette décision radicale, officialisée dans un communiqué du 12 septembre 2025, illustre les défis majeurs auxquels fait face l’industrie automobile dans sa transition vers l’électrique.
Une réorientation stratégique face aux réalités du marché
L’abandon du projet électrique ne survient pas par hasard. Les ventes mondiales de véhicules électriques progressent certes, mais à un rythme bien inférieur aux projections initiales des constructeurs. Les consommateurs restent freinés par plusieurs obstacles majeurs qui persistent malgré les avancées technologiques.
Parmi ces freins, les prix élevés des modèles électriques constituent un obstacle persistant pour de nombreux acheteurs. L’autonomie limitée et l’anxiété liée à la recharge demeurent également des préoccupations centrales, particulièrement pour les utilisateurs de pick-up qui parcourent de longues distances. L’infrastructure de recharge, jugée insuffisante sur de nombreux territoires, accentue ces inquiétudes légitimes.
Le calendrier du RAM 1500 électrique témoigne de ces difficultés. Initialement annoncé en 2023 pour une commercialisation en 2024, le projet avait déjà subi plusieurs reports successifs, repoussant sa sortie jusqu’en 2027. Cette succession de retards révélait déjà les incertitudes stratégiques du groupe face à l’évolution du marché.
Le contexte politique américain influence les décisions industrielles
La victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine a bouleversé les perspectives du secteur automobile. Cette nouvelle donne politique entraîne un ralentissement notable du soutien fédéral aux véhicules électriques, modifiant profondément l’équation économique pour les constructeurs.
Stellantis traverse par ailleurs une période de transition managériale depuis le départ de Carlos Tavares fin 2024. Cette nouvelle direction doit composer avec un environnement économique et réglementaire en mutation, particulièrement concernant le segment des gros pick-up électriques en Amérique du Nord.
Dans ce contexte complexe, la stratégie du groupe fait l’objet d’une révision complète. L’évaluation des performances commerciales des véhicules électriques de grande taille pousse les dirigeants vers des solutions alternatives jugées plus pragmatiques et mieux adaptées aux attentes actuelles du marché.
La technologie hybride comme alternative prometteuse
Plutôt que d’enterrer complètement le projet, Stellantis opte pour une approche technologique différente. Le RAM 1500 REV, également connu sous l’appellation Ramcharger, adopte la technologie REEV (Range Extended Electric Vehicle). Ce système combine une batterie électrique avec un petit moteur thermique servant exclusivement de générateur.
Cette solution présente des avantages considérables pour répondre aux besoins spécifiques des utilisateurs de pick-up :
- Une autonomie exceptionnelle pouvant atteindre 1 100 kilomètres
- Une capacité de remorquage préservée jusqu’à 6,35 tonnes
- Une réduction significative de l’anxiété liée à la recharge
- Le maintien des performances attendues d’un véhicule utilitaire
Cette technologie séduit d’ailleurs de plus en plus de constructeurs internationaux. En Chine notamment, des modèles comme le Leapmotor C10 REEV ou la nouvelle génération du Xpeng G7 valident la viabilité commerciale de cette approche hybride intelligente.
Des perspectives européennes encore incertaines
L’avenir du RAM 1500 REV en Europe reste flou. Sur le marché français, cette motorisation serait classée comme hybride rechargeable, l’exposant ainsi au malus écologique. Plus contraignant encore, le malus au poids s’appliquerait également à ce véhicule imposant, rendant son positionnement commercial particulièrement difficile.
Stellantis n’a communiqué aucun calendrier de commercialisation européenne pour ce modèle. Les spécifications américaines prévoient une batterie de 91 kWh, offrant un compromis entre puissance électrique, autonomie étendue et polyvalence d’usage.
Cette décision de Stellantis révèle les hésitations actuelles d’un secteur automobile en pleine transformation. Entre objectifs environnementaux, contraintes économiques et réalités commerciales, l’électrification pourrait bien passer par des solutions hybrides innovantes plutôt que par une transition brutale vers le tout-électrique.